Les idées politiques du Général de Gaulle, par le Professeur André CABANIS
A l’occasion du 70ème anniversaire de l’Appel 18 juin, la fédération de l’UMP avait demandé au professeur André Cabanis de faire une conférence sur les idées politique du Général. En voici un résumé, ainsi que la vidéo de l’intervention sur Dailymotion (Partie 1, Partie 2, Partie 3)
Les idées du Général de Gaulle sont devenues un peu les idées de tout le monde, récupérées par beaucoup, trahies par quelques-uns. Quelle audace dans celles-ci, pouvait-on dire à l'époque… mais quel classicisme dans ce qu'il en est aujourd'hui : défense atomique, indépendance nationale... A cette époque, nous rappelait le Professeur, il fallait vraiment du courage, et de la détermination, pour se déclarer gaulliste. Mais peut-on vraiment parler d'idées lorsque même de Gaulle réfutait ce terme ? Idées ou héritages, il est intéressant d'en faire le bilan
Mitterrand disait de la Constitution de 1958 qu'elle portait en elle tous les germes de la dictature. De Gaulle avait l'idée d'un régime personnalisé, à l'opposée de la IVè République et de son instabilité. Cette constitution pourtant fut le résultat d'une longue réflexion, commencée dès la 1ère Guerre Mondiale, mais dont la véritable ébauche est apparue au moment du discours de Bayeux, en 1946. La symbolique est forte, puisque Bayeux fut la première ville libérée après le débarquement allié et, à ce moment-là, les américains avaient l'idée d'occuper militairement la France et d'instaurer une administration sous tutelle des USA. Le Général a alors présenté les principaux éléments de ce que devait être une constitution : domination de l'exécutif, stabilité du gouvernement, autorité du chef de l'Etat... mais pas d'élection du chef de l'Etat au suffrage universel. On ne sait pas à quel moment le Général s'est décidé à imposer une telle élection, l'explication officielle étant l'attentat du Petit Clamart, mais les historiens n'en sont pas sûrs. Concernant la stabilité du gouvernement, certains mécanismes ont été imaginés pour limiter le débat parlementaire et protéger l'exécutif en période de crise, comme le 49-3. On peut se demander, alors que les gouvernements sont aujourd'hui stabilisés, quel est l'intérêt de ces mécanismes aujourd’hui ?
Dans tous les cas, ce fut la plus grande victoire de de Gaulle au niveau des idées : il a amené les français à un consensus autour de leur régime politique, ce qui n'était plus arrivé depuis la Révolution Française. Même les communistes et socialistes, originellement opposés à cette constitution, l'ont trouvée… bien pratique lorsqu'ils furent au pouvoir !
Au-delà des institutions, les idées du Général se retrouvent au niveau social. Il a toujours voulu réconcilier les classes ouvrière et patronale, permettre l'association capital-travail d'ailleurs défendue par les gaullistes de gauche. Il y a chez de Gaulle la volonté de réaliser un consensus social des français. D'ailleurs, la meilleure façon d'y parvenir était, selon lui, de favoriser l'actionnariat salarié.
Plus politiquement, il lui paraissait important de se situer au-dessus des querelles de partis pour permettre l'union.
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En politique internationale, sa grande idée est l'indépendance nationale. Pour lui, la seule réalité durable et estimable de ce point de vue là sont les Nations. Il l'affirmé au niveau national mais aussi international, notamment dans ses déplacements à l’étranger. On a alors en mémoire son voyage en URSS, où il déclarait que l'armée soviétique était l'héritière naturelle de l'armée tsariste.
De Gaulle l'a dit, il se fait une « certaine idée de la France », dans un destin éclatant, que ce soit au niveau sentimental, mais aussi rationnel. La France ne peut rester grande si on ne lui fournit un grand destin. D'ailleurs, cela se retrouve dans l'Appel du 18 juin : que la France soit présente au combat, avec une armée contre l'envahisseur.
Mais l'indépendance voulue par de Gaulle ne signifie pas son isolement. Au contraire, sous le Général, la France pouvait d'ailleurs être qualifiée d'allié le plus fidèle, le plus absolu des Etats-Unis. En tout cas jusqu'à la crise de Cuba. Celle-ci prouvera que malgré les tensions, le risque de guerre mondiale est faible. A quoi bon, selon de Gaulle, vouloir rester dans un seul clan à partir de ce moment là ?
La dimension francophone du Général n'est apparue que tardivement, dans les dernières années de son mandat. Défavorable à un Commonwealth à la française pendant des années, privilégiant le bilatéralisme, il a finalement compris l'intérêt d'une francophonie forte.
Dernier élément, le Général était réticent par rapport aux organisations internationales, notamment l'ONU. La politique des Secrétaires Généraux de l’époque, visant à recourir aux pays « neutres » tels le Canada pour assurer les missions de maintien de la paix, lui paraissait inappropriée : pour lui, cette mission revenait aux grandes puissances. Donc il ne payait pas. Même réticence vis-à-vis du système d'une Union Européenne détachée des peuples, dont certains des représentants ne sont pas élus… mais le Général avait compris la nécessité d'une politique commune, notamment agricole.
Le Professeur a terminé sa conférence sur un petit aparté : chez les hommes politiques… qui sont les vrais gaullistes ? Qui est plus ou moins gaulliste ? André Cabanis rappelle que pour le Général de Gaulle, ce qui était important, c’était de ne pas s’enfermer dans des politiques précises et définitives (cf. l’attitude vis-à-vis des Etats-Unis)… et qu’au fond, si l'on voulait conclure sur ce qu'il reste du gaullisme aujourd'hui, on pourrait observer qu’outre le fait que sur de nombreux points, le combat a cessé faute de combattants… il en reste surtout une volonté de réalisme au service de l'intérêt national.